Isabelle Leca 24 août 2020 Mis à jour le 24 août 2020 le Chasseur Français

La manifestation de samedi dernier contre « le ré-ensauvagement des zones rurales » de l’ASPAS nous a conduit à chercher comment ça se passe ailleurs. L’exemple le plus flagrant est la réserve de d’Oostvaardersplassen aux Pays Bas. Les réserves de vie sauvage de l’ASPAS vont-elles évoluer comme celle du Pays Bas ? , on peut le craindre.

Retour sur l’histoire de cette réserve où désormais les animaux se meurent :

Dans les années 1970, les écologistes néerlandais ont commencé à persuader leur gouvernement d’introduire des animaux sauvages sur une parcelle en friche dans la région, Oostvaardersplassen. Frans Vera s’est lancé dans une expérience écologique sans précédent : transformer 14 800 acres arides en un lieu où, avec l’aide de quelques animaux, la nature serait rétablie.

 

 

Cet écologiste pensait que les animaux avaient un rôle à jouer et que la faune européenne jouissait autrefois d’un écosystème plus diversifié, grâce à la présence de grands herbivores aujourd’hui disparus qui parcouraient le continent il y a des centaines de milliers d’années. Les chevaux sauvages, les bisons et les aurochs avaient permis à l’espace de rester ouvert et d’accueillir une vaste biodiversité et qu’ils pourraient le faire à nouveau. Pour mettre sa théorie en pratique il a introduit au début des années 80 34 bovins, 20 chevaux sauvages et 44 cerfs élaphes. L’idée était de laisser les forces naturelles restaurer la biodiversité sans intervenir. Cette pratique est maintenant connue sous le nom de rewilding. Il voulait voir ce qui se passe lorsque nous laissons simplement la nature suivre son cours. Une nature néanmoins tronquée, puisque les animaux restaient « enfermés » privés de corridors naturels, coincés entre la mer et des clôtures et sans prédateurs naturels.

Ce qui devait arriver, arriva, 30 ans plus tard, la centaine d’animaux s’est reproduite et ce sont plus de 5 200 animaux qui peuplaient désormais la réserve.

L’intervention humaine étant interdite, les animaux n’étaient pas nourris artificiellement, et la surpopulation a vite entrainé une mortalité importante. Les cadavres jonchaient le sol, mais ce n’était pas grave, certains scientifiques expliquaient que ces cadavres présentaient de grands avantages pour les plantes et autres animaux sauvages, qui se nourrissent des carcasses. Han Olff, professeur d’écologie à l’Université de Groningen expliquait :  « Certaines personnes disent que l’écosystème est en train de mourir. Certaines personnes, comme moi, disent que l’écosystème est en train de prendre vie. ».

 

Ce n’est quand même pas ce que tout le monde pensait : en 2005, le président du Conseil néerlandais des affaires animales a comparé la situation à un camp de concentration, à une forme d ‘« expérimentation animale » qui doit être abandonnée. Mais rien n’a bougé. L’hiver 2017/2018 a été une catastrophe, près de 3 000 animaux sont morts de faim, des néerlandais, choqués par ce qui se passait, venaient apporter à manger aux animaux, jetant du foin au-dessus des clôtures ce qui était formellement interdit… Le conseil local a alors ordonné qu’environ 1 000 cerfs soient abattus et la plupart des chevaux déplacés, à la suite d’un rapport affirmant que le nombre total d’herbivores serait plafonné à 1500 pour arrêter la famine.

Après un débat d’urgence sur le sort des animaux, il a été décidé que des « rangers » seraient mandatés pour nourrir les grands herbivores. Un nouveau comité d’experts a déclaré « une obligation morale pour les gestionnaires de prendre toutes les mesures nécessaires pour minimiser l’étendue des souffrances inutiles » et a recommandé de tuer « les animaux visiblement en mauvais état ».

Quant à Frans Vera, à l’origine de cette réserve, il persiste et a expliqué il y a peu :  « La famine est le facteur déterminant. C’est un processus fondamental de la nature »

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