Dans ce département, une association de défense de l’environnement rachète des terres pour les transformer en «réserves de vie sauvage» libres de toute activité humaine. Colère des chasseurs et de la FNSEA qui dénoncent une «sanctuarisation des campagnes».

C’est une zone de moins de 500 hectares, mais qui résume à elle seule deux visions de la ruralité : le domaine de Valfanjouse, un ancien espace de chasse au pied du Vercors, a été racheté fin 2019 par une association écolo qui veut en faire une réserve libre de toute activité humaine en vue de son «ré-ensauvagement» ; une hérésie pour les tenants de la ruralité traditionnelle qui y voient le délire de «bobos qui veulent dicter leurs lois».

Vendredi, un millier d’agriculteurs, de chasseurs, d’éleveurs et de bergers ont manifesté dans les rues de Crest (Drôme) pour dénoncer cette «sanctuarisation des campagnes». Dans leur viseur, l’Association de protection des animaux sauvages (ASPAS), qui a justement pignon sur rue dans les faubourgs de la petite commune.

L’ASPAS s’est fait connaître en achetant des terrains pour les transformer en «réserves de vie sauvage», où toute activité humaine, sauf la randonnée, est interdite pour permettre à la nature de se développer «en libre évolution». Au total, 700 hectares de foncier ont été acquis jusqu’à présent dans la Drôme.

Mais c’est surtout l’acquisition de domaine Valfanjouse, 490 hectares dans la petite commune de Léoncel, qui a été la goutte de trop : «c’est de l’écologie punitive», peste Jean-Louis Briand, longtemps responsable de la Fédération départementale des chasseurs. «Ils ont acheté ce terrain deux à trois fois plus cher que les prix du marché, les autres ne peuvent pas suivre… Ils n’ont acquis que 700 hectares ?Mais ce n’est qu’un début !»

«Il s’agit de 0,1 % de la surface du département», retorque Madline Rubin, directrice de l’ASPAS, qui rejette les attaques contre l’association. «Il ne s’agit pas d’interdire l’exploitation des terres partout, il faut bien se nourrir ! Mais c’est la fin d’une époque pour une certaine forme d’agriculture, la filière ovine va mal, et l’ASPAS cristallise toutes les rancoeurs. On ne peut pas porter la responsabilité des malheurs des agriculteurs et des éleveurs, qui est du ressort de l’Etat».

Deux visions du monde rural, deux camps se regardent en chiens de faïence : «ce n’est pas seulement l’ASPAS, c’est un mouvement national et européen composé de végans et d’antispécistes qui est en train de naître et qui nous submerge, dans nos campagnes, dans nos montagnes… On veut interdire toutes nos pratiques rurales et nos traditions, par des bobos de centre-ville et des intellos. Y en a marre ! », lance à la foule Franck Reynier, l’un des co-organisateurs de la marche.

«Quels bobos de centre-ville ? Moi même, je suis Drômoise !, riposte Madline Rubin. «Toutes les colères se concentrent sur nous, mais en même temps on n’a jamais été soutenu par autant de citoyens,qui financent nos actions».

Dans la foule des manifestants, Julien, agriculteur et chasseur occasionnel, venu «plus comme observateur que comme participant» : «d’un côté, l’ASPAS n’est pas dans le compromis, ils ont une armée de juristes et c’est dur de dialoguer avec eux. Et ici, c’est les «tradis» et la FNSEA, pas plus ouverts à la discussion. Le monde rural va mal, les gens sont tendus, il faut bien un défouloir… »

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