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Libres échanges




Un échange ADB Ain


Lorsque Michel m’a présenté cet oiseau pour l’examiner, j’ai pensé qu’elle pouvait provenir de cette nichée de mai dont vous connaissez l’histoire, ou bien que Patrick ou Damien avait pu la tenir dans leurs mains le 10/11/10, jour de son baguage... Pure imagination, dommage ! Puisqu’elle a été prise à Besain (nord-ouest de Champagnole dans le Jura).

L’examen de l’oiseau me donnait : mâle de 343g , jeune précoce. Intéressant, déjà, de voir que l’ONCFS confirme la déduction de jeune précoce pour notre connaissance personnelle. Pour connaître le sexe, vous savez qu’il faut autopsier l’oiseau, je l’ai fait des dizaines de fois pour Charles Fadat à l’époque où il récupérait les ailes. Ce qui m’a paru remarquable, c’est l’état de très bonne santé de cette bécasse après le mois de décembre froid, neigeux, pourri,  que nous avons vécu. Elle n’a pratiquement pas quitté la région  depuis le 10/11 puisqu’elle a parcouru 87Km...Elle a seulement quitté la montagne pour gagner la plaine de Bresse qu’elle a du trouver plus accueillante puisqu’elle est restée et ne pensait certainement pas en repartir,  la migration après la mi-décembre étant considérée comme terminée. Elle aurait pu, elle aurait dû vu les intempéries aller plus au sud...

Alors ? La tentation est forte de penser qu’elle fait partie de ces oiseaux autochtones, sous-population, qui se contenteraient d’une migration, courte, erratique peut-être, entre l’altitude plus ou moins grande de nos montagnes jurassiennes, et le Revermont ou la plaine proche.

Seul, le baguage de bécasseaux, comme les nôtres de mai, saurait nous donner les renseignements, mais l’oiseau de Lent est une petite indication tout de même.

On peut dire avec certitude, et je l’ai vérifié plusieurs fois, c’est que les bécasses sont sacrément solides ! Elle aurait pu être complètement délabrée (cela arrive aussi, hélas, d’en trouver mortes), l’autopsie montrait une couche graisseuse importante au niveau de l’abdomen : elle a su se nourrir, et certainement  pas seulement de l’eau fraîche des ruisseaux de la forêt des Couvendières... Mais comment ? Mystère et boule de gomme comme on dit ! On a eu des moins quinze dans le secteur et 20cm de neige...longtemps...

Et puis, chez Michel, j’ai eu l’occasion d’autopsier aussi son « petit frère » (pourquoi pas ?) tué le même jour, tout près...dans le même état de conservation physique : 330g, petit mâle...qui n’a pas eu de chance, mais qui nous confirme que nos oiseaux ont de la ressource...


la réponse de Charles Fadat


Vous avez raison : il s'agit d'un oiseau autochtone, non migrant, qui a su trouver de quoi se nourrir malgré le froid précoce et intense.. Cela  a été constaté  de nombreuses fois, aussi bien chez vous (Jura) et ailleurs (Compiègne...). Je me souviens d'une bécasse, qui en hiver 1963 (très rude ), avait trouvé une mouillère de seulement 10 m2 environ, très isolée dans un zone sèche et  entièrement gelée en permanence, hors de toute forêt,  mouillère qu'elle rejoignait à la tombée de la nuit . Je me demande encore comment elle avait réussi à la trouver! Comme je le répète encore dans un papier qui paraîtra bientôt dans B. P., cette population d'autochtones est surchassée par la chasse hivernale et demanderait a être protégée. Bien reçu aussi votre précédant courrier, à propos du PMA. Il serait intéressant que vous fassiez au niveau des BDF, une comparaison de ce que j'ai écrit à propos du PMA et ce qu'en dit Ferrand dans son livre. Cela devrait ouvrir les yeux à beaucoup! Je viens d'apprendre qu'il y avait eu très peu d'oiseaux au Maroc cette année, malgré la rudesse de notre hiver qui les y pousse habituellement. Peu d'oiseaux aussi en Espagne (Pays Basque).