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Réseau Bécasse

Coup de chaud sur l'oiseau



 L'équipe ONCFS du Réseau Bécasse, poursuivant son tour de France de l'information a fait étape le 19/10/2010 en Aveyron à Onet le Château. Agréablement reçus par la FDC12, les participants avaient hâte de connaître les dernières nouvelles d'un été chaud dans tous les sens du terme.

Le baguage

En premier lieu c'est la saison 2009/2010 du baguage qui fut passée au crible. Le froid intense en Scandinavie et en Russie a provoqué des mouvements d'oiseaux importants et département par département, service par service, beaucoup s'accordèrent à dire que la saison fut exceptionnelle. Quelques bémols toutefois ça et là (Ariège, Haute Garonne, Plateau de Lannemezan). 6668 bécasses ont été baguées, 1107 ont été reprises en France et 110 à l'étranger. L'âge-ratio de 58% a été assez faible.  Les résultats du baguage ont trouvé leur écho à la chasse où la saison a aussi battu des records. Le graphique 1 ci-contre (source ONCFS) montre clairement cette abondance qu'on la considère au niveau ICA (1,7) ou IAN (4,3).

Les coups de froid successifs ont chaque fois apporté leur lot d'oiseaux comme le montre le graphique 2 ci contre (source ONCFS) :


L'hivernage

La vague de froid de janvier 2010 a provoqué un gel persistant sur les 2/3 du pays pendant 5 à 6 jours. Comme souvent en pareil cas, les oiseaux se sont massivement déplacés vers les départements côtiers et le froid de février les a maintenu près des zones côtières, il y a eu très peu de redéploiement vers l'intérieur des terres.

Les communiqués envoyés par le Réseau Bécasse lors des vagues de froid sont des aides aux décisions de fermeture pour les administrations et les fédérations. François GOSSMANN nous précise que l'apparence des oiseaux en zones refuges peut être trompeuse sur l'état sanitaire réel de la population bécassière. Un intervenant des Landes préconise l'examen du poids et de l'adiposité… mais sous quels critères précis ?

Les brévirotres

 La collecte se poursuit encore cette année, 18 oiseaux sont en attente d'examen. L'étude sera réalisée avec l'Ecole Nationale Vétérinaire de Nantes.

Les GLS

 25 bécasses ont été équipées en mars 2010 en Loire Atlantique, Morbihan, et Côtes d'Armor. Parallèlement 25 autres ont été équipées au Royaume Uni.

 L'appareil enregistre en permanence la luminosité. Lorsqu'on récupère le GLS (baguage ou chasse) on peut retracer le trajet parcouru par l'oiseau par examen de la photopériode. La précision est de l'ordre de la région. La méthode est certes très aléatoire dans la récupération des appareils, mais environ cinquante fois moins coûteuse que la pose d'une balise argos. Une centaine d'oiseaux sera équipée chaque année.

L'observation de la croule

 Le dispositif va être très allégé pour les années à venir compte tenu des enseignements tirés des campagnes précédentes. Selon L'ONCFS, l'objectif est de "travailler moins pour en savoir autant".

 Les années précédentes ont permis clairement de montrer que les oiseaux croulaient principalement dans un gros quart nord-ouest de la France, dans le Massif Central et dans les Pyrénées. Le taux de mâles crouleurs sur les sites à forte abondance est très stable depuis dix ans.

Les plumes et isotopes

 Les résultats d'analyses ne sont pas ceux escomptés, une étude est en cours.

Le modèle prévisionnel d'abondance

 Le taux de jeunes tardifs avant migration en Russie présage de l'ICA de la saison qui suit. Mis en place pour la première fois l'an dernier, il a été fiable et prévoyait la bonne saison 2009/2010.

Un début de printemps très favorable

 Les mois d'avril et de mai, chaud et humides ont permis une reproduction intéressante bien que la croule ait été écourtée par rapport aux années précédentes.

 La deuxième couvée a eu lieu fin juin alors que les températures commençaient déjà  à s'élever. Dans le même temps les oiseaux des premières couvées ont commencé leur mue. On peut penser que ces opérations ont été perturbées par le début de la canicule.

Impact de la sècheresse russe

 La sècheresse exceptionnelle qui a sévi sur la Russie de fin juin jusqu'à fin août à déclenché de nombreux feux de forêts et de tourbières. La canicule a sévi du 15 juillet au 15 août générant des températures de 35 à 40°C en journée.

 Dans ces conditions la sècheresse avait touché dès la fin juillet des zones forestières habituellement favorables à la nidification. (forêts de bouleaux, de trembles, d'épiceas, de pin sylvestres, forêts mixtes). Les forêts d'aulnes en contact avec des plans d'eau avait cependant conservé une certaine humidité et demeuraient favorables. La recherche d'oiseaux au chien d'arrêt a confirmé cela puisque des groupes de 5 à 6 oiseaux étaient présents sur des surfaces réduites. De violents orages en fin de mois d'août ont apporté l'humidité souhaitée.

 La surface touchée par les incendies est de 900.000 km² selon les autorités russes…et 8 millions de km² selon W.W.F.

Les conséquences de cet épisode caniculaire se traduiront incontestablement par un déficit d'oiseaux. Dans quelle proportion ? C'est difficile à dire, plusieurs facteurs vont interférer et la résultante sera difficile à analyser car :

· Le nombre global de contacts en septembre n'a pas été mauvais.

· Au nord ouest la région est restée sèche ce qui explique qu'il y a eu peu de contacts.

· En Russie centrale le taux de jeunes tardifs a été plus faible que les années précédentes.

· En Bélarus c'est le nombre global de jeunes qui a été plus faible.

· Au nord de Moscou, des sites sont restés intacts, peu de jeunes tardifs ont été capturés mais on a capturé un nombre relativement important de jeunes.

· La Scandinavie n'a pas été touchée par la sècheresse, ses effectifs vont avoir un rôle tampon lors de la migration. Dans quelle proportion ?

· Retard dans la mue ? C'est très probable. La mue est très énergivore.

· Les orages de fin août ont humidifié les sols, auront-il permis aux oiseaux de refaire leurs réserves avant la migration ?  C'est également probable.


Pour la saison qui arrive il sera important de surveiller l'ICA mais aussi et surtout l'état sanitaire des oiseaux (poids, adiposité, vigueur, âge-ratio). Cette saison devrait, selon toute vraisemblance, connaître un ICA médiocre, comparable ou inférieur à celui de la saison 2002/2003. L'abondance bécassière des deux dernières saisons a pu nous éloigner des réalités de notre chasse. L'ICA a toujours connu des hauts et des bas, notre décennie n'échappe pas à la règle. L'impact de la sècheresse sur la bécasse des bois n'a jamais été étudié, profitons de ce malheureux épisode pour faire remonter davantage d'informations par le biais des relevés et des saisies internet, alors peut être nous saurons comment réagit la bécasse en pareil cas.


         Jean-Pierre SENMARTIN


N.B. : Un paramètre important dont personne n'a parlé à Rodez va ajouter à ces incertitudes: quel hiver allons-nous avoir ? Comment va-t-il conditionner la migration ? Quelle part faudra-t-il lui réserver dans l'analyse des résultats ?